La résidence pour artistes au Mont-Riding donne aux artistes du Manitoba le temps de se concentrer sur leur travail dans le splendide milieu naturel du parc national du Mont-Riding.
L’artiste résident·e prochain·e pour 2025 est Madelyn Gowler. Avant de s’installer dans le chalet historique de Deep Bay, Madelyn a répondu à quelques-unes de nos questions sur son travail et sur la manière dont iel passera son résidence.
CAM : Parlez-nous un peu de votre pratique et de vous en tant qu’artiste.
Madelyn : Mes œuvres sont un collage abstrait expérimental de matériaux recueillis et récupérés présentés sur émulsion de film. J’ai l’impression d’avoir rempli un bac de diverses pellicules comprenant des textures, des textes et des couleurs différents que je découpe pour les superposer ou les tisser dans du tissu. J’aime l’aspect tactile du film, ce qui me permet de faire appel à des processus pratiques.
Depuis quelque temps, j’explore la relation entre le film et la nature non seulement pour modifier le résultat photographique, mais aussi pour réduire mon impact sur l’environnement. J’ai commencé à envisager l’utilisation de plantes pour développer le film noir et blanc et à utiliser des plantes qui ont été trempées dans un agent révélateur sur le film (un processus qui s’appelle la phytographie). J’utilise des plantes que j’ai moi-même cultivées dans mon jardin, telles que des tagètes, de la menthe, des impatientes et de la ciboulette.

Parlez-nous du projet qui occupera votre temps au chalet de Deep Bay.
Au cours de cette résidence, je vais créer des phytogrammes sur film noir et blanc de 16 mm à l’aide de matériaux naturels provenant du parc national du Canada du Mont-Riding; le résultat sera un film expérimental fait d’images animées. Pour créer ces phytogrammes, je devrai tremper les plantes dans une solution de vitamine C, de carbonate de sodium et d’eau, puis placer les plantes sur le film non traité et les laisser exposées à l’extérieur. Je vais également essayer une solution saline dans laquelle le film trempera pendant quelques jours pour faire en sorte que l’image soit permanente. Un phytogramme est essentiellement une empreinte abstraite de l’objet qui, comme par miracle, est capable de capter les nervures délicates d’une feuille.
Je vais aussi enregistrer des extraits audio déformés de l’environnement, p. ex., les touristes qui se promènent sur le chemin de terre jusqu’à l’eau de Deep Bay, le cassement de brindilles ou les cris et les chants des huards. Je vais faire ces enregistrements de façons différentes, p. ex., en enfouissant le dispositif d’enregistrement dans le sol, en l’enveloppant dans un sac en plastique ou en le mettant dans ma poche. Je vais ensuite superposer les extraits audio afin de les rendre davantage abstraits pour qu’ils correspondent à l’esthétique des visuels de la terre que je vais capter.
Quelle est votre relation avec le parc et qu’est-ce que vous avez le plus hâte d’explorer?
Je suis allée au Mont-Riding tous les étés depuis ma jeune enfance, où je courais avec mes cousins en faisant des chasses au trésor, en allant nager à minuit en nous imaginant que l’eau était chaude, en tournant un vidéoclip chorégraphié et en suivant des cours d’art à la galerie d’art Wasagaming Community Arts. Adolescente, j’ai également fait du bénévolat à la WCA en offrant des cours d’art pour enfants, puis j’ai donné un atelier sur la cyanotypie en 2023. À l’entrée de Danceland, il y a un piano que j’ai peint quand j’étais à l’école secondaire; les visiteurs peuvent encore entendre de belles musiques ou des rythmes de tambour d’enfants!
Le fait de me retrouver au Mont-Riding me plonge toujours dans un univers de nostalgie, où j’ai l’impression que mon temps là-bas est précieux et éphémère. J’ai donc hâte de consacrer du temps à l’espace de travail et à l’endroit où j’ai grandi.
Quelle influence ou inspiration espérez-vous tirer du parc pour votre projet ou pratique?
Je veux capter l’ambiance du parc en me plongeant complètement dans les aspects animés et paisibles de cet environnement. Je vais collaborer avec l’environnement afin de créer des images sur film, tout en laissant les éléments transformer le résultat final. Je compte incorporer du sable, des feuilles mortes, des fleurs sauvages, des bâtons et de la terre. Je veillerai à ne pas bouleverser ou nuire l’espace dans lequel je travaille. La météo sera un facteur important dans le processus, car je dépendrai de la lumière du soleil pour exposer le film, mais il sera tout de même intéressant de voir les effets d’une journée nuageuse ou pluvieuse sur le film.
Y a-t-il autre chose que vous aimeriez partager avec les lecteurs et la communauté du Parc national du Mont-Riding?
Après avoir créé ce film fait d’images animées pendant ma résidence, je vais très probablement l’intégrer dans l’une de mes tapisseries de films et de tissus en misant sur la privatisation des souvenirs. Le fait de montrer ce film d’une manière moins accessible et de recouvrir chaque deuxième « image » produira en quelque sorte des expériences subies à la censure. Je souhaite que le résultat visuel ressemble à un tas de feuilles qui se recouvrent les unes les autres, à des coquillages enfouis dans le sable ou à l’eau qui déforme l’apparence des poissons et des roches au fond du lac.
La résidence pour artistes au Mont-Riding est offerte grâce à un partenariat entre le Conseil des arts du Manitoba et le Parc national du Mont-Riding.
Un séjour au chalet de Deep Bay vous intéresse? Renseignez-vous sur la façon de présen
ter une demande à la résidence pour artistes au Mont-Riding par l’entremise du volet de subventions Apprentissage – Résidences. Envoyez votre demande au plus tard le 15 janvier 2026 pour une résidence à l’été de 2026.